Europalia.china : Tour de Chine en 129 Jours
Arts/Expos > Evénement | Mots clés : Europalia
Après les 27 pays de l’Union Européenne (2007) et avant le Brésil (2011), le festival Europalia met le cap sur l’Empire du Milieu. Pendant cinq mois, 210 structures culturelles de Belgique et du Bénélux explorent 5000 ans d’artisanat, de traditions, d’architecture et de vie artistique chinois. Avec près de 50 expositions et 450 spectacles de très haut niveau, la programmation mime le gigantisme de la 3e puissance mondiale. Mais quelle image renvoie-t-elle de ce vaste pays ?
Miroir.Rendre compte, en 500 manifestations, de la complexité culturelle chinoise, le pari est osé. Voilà trois ans que l’équipe internationale d’Europalia négocie avec les autorités de la République Populaire pour renvoyer le « reflet le plus juste possible » d’un pays en pleine mutation. Cet objectif justifie la division en 4 axes thématiques. « La Chine Eternelle », répond à notre image de cette civilisation impériale : exposition de joyaux patrimoniaux rarement sortis de Chine (« Le fils du ciel »), art de vivre mandarin, ou le Kunqu, un opéra séculaire classé par l’Unesco. « La Chine en couleurs », axe dédié aux arts populaires et aux campagnes, ou « La Chine et le monde », consacré au commerce sur la route de la soie, nous rassasient de couleurs, de calligraphies, d’objets insolites et de kung-fu. À côté de cette offre attendue, « la Chine contemporaine » propose de découvrir les arts plastiques, la musique ou la délirante architecture qui se pratiquent aujourd’hui dans des réseaux plus ou moins underground. À lui seul, le dense programme cristallise toutes les contradictions qui traversent actuellement la société chinoise : prégnance des traditions et de l’artisanat, fierté d’un passé florissant, omniprésence des symboles produits par le pouvoir politique… Et en même temps, il trahit les tensions sociales et ethniques, et pointe la quête de modernité et le consumérisme permis par la croissance économique. L’explosion vertigineuse des mégalopoles (cf exposition sur l’architecture d’avant-garde) et l’exode rural massif attestent de ces profondes mutations.
Vitrine. On ne peut toutefois s’empêcher de rester perplexe. L’offensive récente de la Chine sur le terrain diplomatique amène forcément à soupeser la part de communication politique dans cet étalage chatoyant de richesses culturelles. Sans vouloir réveiller à tout prix les polémiques engendrées par les Jeux Olympiques de Pékin, difficile de ne pas tiquer quand la directrice d’Europalia, Kristine De Mulder, emploie le terme de « diplomatie culturelle » pour qualifier l’évènement. Et qu’elle nous rapporte ensuite les propos du ministre de la Culture chinois, mettant sur le même plan cette monumentale saison culturelle, l’évènement sportif de l’année dernière et l’exposition universelle de Shanghai en 2010. Mais Kristine De Mulder est formelle : soit, les puissances publiques chinoises sont les principaux financeurs du transport des oeuvres et des artistes vers l’Europe. Soit, ils font sortir du pays le « top du top » du patrimoine artistique. Mais le gouvernement chinois, dans ses négociations avec Europalia, aurait vite admis « que se limiter à la culture officielle serait particulièrement contreproductif ». « De plus » poursuit-elle « les artistes que nous avons conviés sont loin d’être en odeur de sainteté dans leur pays ». Et de nous rappeler que le designer Al Wei Wei, le co-commissaire de la plus importante exposition d’art contemporain chinois (State of Things au Bozar de Bruxelles), s’est attiré fin août les foudres de la censure (1).
Fenêtre. De fait, les contradictions que révèlent europalia.china suscitent des questions stimulantes. Car l’ambition du projet importe moins que la posture du spectateur. Certains seront simplement (et à juste titre) éblouis par la splendeur des chefs-d’oeuvre et spectacles qui flattent nos imaginaires collectifs. D’autres, dans le sillage des artistes contestataires présentés, y verront l’occasion de réfléchir au rôle social et politique de l’art, à la manière dont le pouvoir gère et génère des images. En Chine, bien sûr. Mais aussi, par effet de ricochet, dans la société occidentale./ Judith Oliver
Europalia.china
8.10.2009 – 14.02.2010
Programme et infos : www.europalia.eu, +32 2 540 80 80
Photos :
1 - Acteur de Di Xi Pingba/Province du Ghizou © Aurore Martignoni
2- The State of Things. Brussels/Beijing, Chi Peng, Sprinting Forward, 2004 © CHI Peng
3- Living Memories © Ministry of Culture PRC
(1) Al Weiwei conteste en effet bruyamment les chiffres officiels d’une catastrophe au Sichuan. La publication d’une enquête sur son blog (blog.alweiwei.com) a entraîné la disparition du site, la surveillance de sa famille et de son atelier.

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