Grand soir et matin rouge
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Il aura fallu une banale histoire de censure digne des grandes heures pompidoliennes pour qu’enfin l’oeuvre de Koji Wakamatsu porte sa voix singulière sur les devants de la scène culturelle française. Résultante de cette bête médiatisation finalement opportune, la sortie de United Red Army, dernier film sans équivoque et sans égal de ce réalisateur insoumis. Le mois de Mai sera rouge, forcément.
En 2007, à la ressortie de Quand l’embryon part braconner, classique de 1966 signé Koji Wakamatsu, la Commission de classification des oeuvres cinématographiques, suivie de la ministre de la culture Christine Albanel, avait émis un avis d’interdiction au moins de 18 ans. Sans revenir sur le caractère intellectuellement méprisant de cette décision, on n’a de cesse de s’interroger sur cette triste volonté de faire un exemple constitutionnel avec un film sortant sur notre territoire en 5 copies maximum, toutes exclusivement destinées au circuit art & essai (ce qui limite nécessairement l’accession de nos chères têtes blondes à ces images qu’elles ne sauraient voir). Quoiqu’on puisse penser de cette affaire, celui qui s’en soucie le moins est bien Koji Wakamatsu lui-même, vaillant pratiquant de la guérilla cinématographique loin d’être effarouché par quelques afféteries moralistes et mondaines. À l’adolescence, le jeune Koji devient yakuza et, dans le cadre de ses nouvelles fonctions " supervise " des tournages de cinéma. Plus désoeuvré que réellement attiré par le mode de vie yakuza, le jeune Japonais se trouve vite piqué par le virus de la caméra et commence à donner au genre Pinku (ces films d’exploitation érotique dont L’Empire des sens d’Oshima, produit par Wakamatsu, est le représentant le plus élégant) de drôles de pelliculesoù l’appétit voyeuriste du spectateur-lambda se voit court-circuité par des fulgurances politisées, à la manière d’un José Bénazeraf nippon. Proche du milieu étudiant, c’est en soldat qu’il suit les plus radicaux d’entre eux et part filmer les camps de réfugiés palestiniens et le FLP à l’entraînement. Directement consécutif de cette radicalisation globale du mouvement gauchiste, l’incident du chalet d’Asama, en février 1972, voit une prise d’otages surmédiatisée aboutir à l’arrestation des derniers membres de l’Armée rouge unifiée et à la découverte des corps de 14 d’entre eux exécutés sommairement suite à des purges internes. Revenant avec United Red Army sur cet incident tragiquement symbolique, Wakamatsu livre, sans jamais se renier, un véritable film-somme sur les dérives du totalitarisme politique, doublé d’un bel exemple de terrorisme culturel salvateur. Parfait pour un Printemps motivé et conscient. /

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