Lascars: droit de cité
Cinéma/DVD > Article | Mots clés : cinéma, lascars, série, film d'animation, adaptation
Neuf ans avant de faire l’objet d’un film, les Lascars, étaient diffusés sur le petit écran, sous la forme d’épisodes d’une minute chacun. Incisifs et tordants, ces sketches ont vite créé le buzz. Avec le film d’animation Lascars, le folklore « caillera » s’intègre désormais au 7e art. Ou comment une série télé culte peut-elle devenir un long métrage d’animation encore plus culte ?
Bienvenue à Condé-sur-Ginette, coin de banlieue à l’ombre de la grande ville. C’est ici que vivent Tony Merguez et José Frelate, les deux loulous de Lascars. Si le monde des cités est devenu un des terrains de jeu favoris du cinéma depuis longtemps, Lascars reste une immersion sans pareil dans le quotidien des barres d’immeubles ou des HLM. Mais surtout des barres de rire pour qui connaît déjà Lascars dans son format télé : des épisodes d’une minute chrono pour dépeindre le phénomène de société, comme on dit dans les gazettes, des banlieues ; mais si loin d’un certain misérabilisme cinématographique, de la vision criminogèno-émeutière qu’en donnent les JT du monde entier. Le cocktail de Lascars est explosif mais pas Molotov : moitié crédibilité absolue, par l’usage d’un langage, de rites urbains actuels, moitié autodérision totale via des vannes qui font toujours mouche. Lascars, c’est une version contemporaine des Pieds Nickelés, où les adeptes de petits « bizness » ordinaires, de l’économie parallèle comme on dit dans les ministères, portent des baskets, des baggy, et n’ont pas besoin d’un « codi » de verlan pour se faire comprendre. Lascars vise même l’inverse : être un parfait mode de décryptage de la jeunesse de nos sociétés contemporaines. Un principe décuplé lorsque Lascars élargit le champ, d’un format riquiqui à cent minutes maousses costauds. L’occasion de passer du graffiti au dazibao : là où la série avait des airs d’hilarantes mini-élucubrations, le film pousse les murs de sa banlieue d’origine pour inviter d’autres influences, artistiques ou sociales : de la mangatitude à la culture blockbuster, de l’émancipation des filles aux réjouissantes couleurs multi-ethniques de la France des années 2000. En passant du petit au grand écran, Lascars fait une pertinente mise à jour de la vie des quartiers. Sans oublier de participer à l’émergence d’un autre cinéma d’animation, concerné autant par les nouvelles technologies que par les nouvelles formes de récit pour montrer, avec l’acuité d’une vision de sniper – il faut regarder dans chaque coin de l’écran pour capter la globalité d’un air du temps - mais sans aucune volonté de stigmatisation, comment on vit aujourd’hui dans ces fameuses banlieues. Du cinéma version 2.0, pour se marrer sans perdre de vue une réalité dédramatisée. / El Borbah
D’Albert Pereira Lazaro et Emmanuel Klotz. Avec les voix de Vincent Cassel, Diam's…
Sortie le 17.06

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