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La merditude des choses: Entretien avec Felix Van Groeningen

Pour son 3e long-métrage, le réalisateur Felix van Groeningen adapte La merditude des choses de Dimitri Verhulst, livre culte chez nos voisins flamands. Oscillant entre humour potache et critique sociale intransigeante, le film remporte déjà un énorme succès en Belgique depuis Octobre. A l'occasion de sa sortie en France, nous avons voulu en savoir plus sur les motivations de son jeune réalisateur.

LM. Comment peut-on résumer La merditude des choses ?
FVG. On suit Gunther, un gamin de 13 ans qui habite chez sa grand-mère avec son père et ses trois oncles. Dans cette famille un peu bizarre, tout le monde vit ensemble. Les hommes de la maison sont presque tous alcooliques et n’aiment pas travailler. Ce gamin est sur le point de devenir un homme et réalise qu’il n’est pas au bon endroit pour grandir. En parallèle, on le retrouve quinze ans plus tard, écrivain méconnu, sur le point de devenir père à son tour.

LM. Pourquoi cette histoire vous tenait-elle personnellement à coeur ?
FVG. J’étais un grand fan de l’auteur du livre dont est tiré mon film. Je lui avais demandé de m’écrire quelque chose, mais il avait refusé. Quand ce livre est sorti, je me suis précipité pour l’acheter, espérant qu’il y aurait matière à faire un film. Bingo. Cela m’a énormément touché. L’histoire était à la fois très dure et amusante. Elle abordait des sujets essentiels. Depuis, c’est devenu un best-seller, un livre culte en Belgique.

LM. Quel regard portez-vous sur vos personnages ?
FVG. Je les trouve extrêmement attachants, même si je suis conscient de leurs côtés absolument affreux. Ils n’ont pas de limites. Mais, ils cultivent des valeurs comme l’honneur et la fierté. On peut malgré tout comprendre leur logique. Et puis, ils font preuve d’une telle joie de vivre. En définitive, on ne peut pas être fâché contre eux.

LM. Quelle est la place des femmes dans la Merditude ?
FVG. Toutes les femmes sont traitées comme des salopes ou des putes. Dimitri Verhulst a été abandonné par sa mère et c’est certainement ce qui a nourri son ressentiment à l’égard de la gent féminine ! Pour autant, la grand-mère est un personnage admirable, très lucide. Elle n’arrive pas à contrôler ses fils, mais elle est assez intelligente pour essayer de sauver au moins Gunther.

LM. Justement, comment avez-vous choisi l'acteur qui incarne le jeune Gunther ?
FVG. Je l’ai repéré dès les tout premiers castings. Il m’a impressionné, mais ne m’a pas tout de suite convaincucar c’était un gamin très timide. Et puis, quand on a commencé à tourner, sa transformation fut incroyable. C'était un vrai challenge pour un môme qui avait de mauvais résultats à l’école et bégayait énormément.

LM. En quoi votre film est-il spécifiquement flamand ?
FVG. C’est une question très difficile ! Quand le film est sorti en Belgique tout le monde a effectivement relevé son côté très flamand. En même temps, le soir de la Première, de nombreux responsables politiques flamands ont été très mécontents (rires). Ils s’exclamaient : « Mais enfin ceci n’est pas la Flandre quand même ! ». Évidemment, les gens ne se comportent pas comme ça dans toute la région. Mais d’innombrables spectateurs m’ont confirmé qu’ils avaient bien connu ces ambiances de villages, toutes ces fêtes, ces chansons. Depuis, j’ai surtout compris qu’avant d’être flamand, mon film est surtout très belge. Il repose sur un humour très poignant, qui appuie là où ça fait mal.

LM. Est-il aussi question de déterminisme social, du conditionnement de la famille?
FVG. Bien sûr, c’est une histoire qui renvoie à cette question. Mais, ce n’est pas ce dont je voulais parler. C’est d’abord l’histoire d’un gamin qui arrive à s’en sortir. Même si on comprend qu’il portera toujours le poids de son lourd passé.

LM. Vous avez reçu une mention à la quinzaine des réalisateurs et l’amphore d’or à l’étrange Festival du Film Grolandais de Quend…
FVG. Effectivement, Cannes était une belle reconnaissance. En ce qui concerne le festival du film Grolandais c’est assez drôle car j’ai appris à quel point c’était important en France seulement bien après avoir reçu cette récompense ! J’avais déjà vu Altraa, de Délépine et Kervern. Mais j’ignorais ce que Groland représente. J’ai parlé avec ces deux réalisateurs. Ce sont des gens incroyablement sympathiques ! Je suis très fan de ce qu’ils font maintenant.

LM. C’est peut-être parce qu’ils ont un humour très belge ?
FVG. Oui, effectivement. Ils adorent la Belgique, ils y vont très souvent. Ils travaillent avec beaucoup de Belges et c’est vrai qu’ils tendent vers cet humour dont je vous parlais tout à l’heure. C’est comme Bouli Lanners et Benoît Poelvoorde… d’ailleurs Poelvoorde est presque plus français que belge finalement ! (rires).

 

propos recueillis par ¬ Fanny Delporte
photo ¬ Menuet & IDTV Film

 

La merditude des choses
Un film de Felix Van Groeningen d'après le roman de Dimitri Verhulst (Ed. Christian Bourgois).
Avec Kenneth Vanbaeden, Valentijn Dhaenens, Koen de Graeve, Wouter Hendrickx, Johan Heldenbergh, Bert Haelvoet, Gilda de Bal.

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