Les frères Bouroullec : Design à quatre mains
Design > Article | Mots clés : Bouroullec Chaise Végétale
Leur nom se cache derrière bien des objets devenus best-seller, comme les aériennes cloisons d’Algues ou le canapé Alcôve à l’immense dossier. Les jeunes frères Bouroullec, sont devenus de véritables stars internationales du design. Industriels, collectionneurs et journalistes leur font les yeux doux. Mais que sait-on vraiment du fonctionnement de ce sympathique tandem ?
Dessiner des objets en duo, voilà qui n’est pas courant. Et a de quoi piquer notre curiosité. En 10 ans, personne n’a percé le mystère de la répartition des rôles entre les deux frères. Éviteraient-ils le sujet par mauvaise volonté ? Même pas. Pour preuve, ils lèvent le voile sur les rouages de leur collaboration dans une exposition présentée en Belgique, au Grand Hornu Images (1). Peut-être simplement que la question ne se pose pas pour nos deux virtuoses habitués aux croquis à quatre mains : « C’est impossible de démêler la part de chacun car nous sommes réellement interdépendants », confie Ronan, l’aîné. « Un projet commence toujours par une discussion, puis se construit souvent de manière assez fluide. Erwan a une idée, j’y réponds avec une proposition de projet qu’on réaménage ensuite à deux. Parfois c’est l’inverse, mais il y a toujours cette rapide réaction en chaîne d’idées qui naît d’une première discussion ».
Janus, dieu des seuils
Ne croyez pas cependant que l’on va renoncer à s’attaquer à la boîte noire Bouroullec, car elle soulève bien des questions. Tel le dieu Janus, gardien des passages et des croisements, le travail de ces designers a deux visages. Le premier prend les traits d’une démarche artistique rêveuse, qui se soucie peu des contraintes et du réalisable. Leur pratique du dessin est centrale et compulsive. « Nous passons les trois quarts de notre journée à faire des croquis, des maquettes, c’est notre passion, on vit pour ça », explique Erwan. Un objet comme la Chaise Végétale a impliqué à elle seule des milliers d’esquisses. Mais ces dessins préliminaires n’ont rien de fonctionnel. Ni étude d’ergonomie, ni concept mathématique, ils traduisent des influences, des intuitions. Un chat lové sur un coussin, par exemple. « C’est une pratique presque romantique, qui ne s’inscrit pas dans une méthodologie rationnelle et rectiligne », poursuit-il. L’autre visage du tandem est celui, plus pragmatique, de la production industrielle. Repérés il y a 11 ans par la firme Cappellini, les Bouroullec ont d’emblée cru à cette logique et s’y sont très vite adaptés, domptant, dès leurs fameuses Algues, les techniques de modélisation 3D. « On a vite su dialoguer avec l’industrie, et compris tôt le besoin de s’y trouver des alliés. Sans des industriels (2) qui prendraient des risques, on resterait dans une sorte d’utopie. Au lieu de quoi, on produit des choses très réelles avec des engagements financiers faramineux, pour qu’une chaise aussi techniquement complexe (3) que la chaise végétale,par exemple, puisse exister ». L’industrie joue également comme source d’inspiration. La découverte d’innovations technologiques est souvent à l’origine d’un objet, comme la machine à coudre numérique pour le canapé Facett. Aussi précise qu’une imprimante, elle a permis des surpiqûres tout en finesse.
Le travail du rêve
Parce que leur démarche se situe entre deux pôles trop souvent opposés – le design artistique et la logique industrielle -, nos compères ressentent le besoin d’expliquer leur travail à leur public et partenaires. Chaque projet fait l’objet de nombreuses photographies qui se veulent « narratives et pédagogiques », voire de vidéos explicatives. Cette recherche de transparence s’enracine principalement dans la volonté d’un contrat clair avec le consommateur. Comme l’explique Erwan, « j’aimerais que dans le futur, le terme design soit l’équivalent du label bio pour la bouffe. C'est-à-dire qu’en achetant un objet, les gens soient conscients du travail et des modes de production qu’il a supposés. En temps de crise, il y a là matière à réflexion ».
¬ Judith Oliver
(1) Étapes, jusqu’au 31.05, au Grand Hornu Images, Hornu, Belgique.
(2) Les frères Bouroullec travaillent de grandes références dans l’édition de meubles design : Cappellini, Vitra, Ligne Roset, Kvadrat ou encore Habitat.
(3) Le moule de cette chaise en forme de branches d'arbres asymétriques a été très difficile à réaliser. Le plastique injecté ne se répartissait pas uniformément, créant ainsi des zones de fragilité. C'est, à ce jour, le moule le plus cher de l'histoire de la marque suisse Vitra (1 M€ ).
❥ à voir : Etapes, jusqu'au 31.05, Hornu, Grand Hornu Image, mar>dim, 10h>18h, +32 65 65 21 21
❥ à lire : Objets, Dessins, Maquettes, Ronan & Erwan Bouroullec, Archibooks, 2008, 83p.
❥ à découvrir : www.bouroullec.com
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