Collectif Front Design : Drôles de Dames
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S’il n’est pas rare d’être designer en Suède, le collectif Front Design n’a pas d’égal en matière d’originalité et d’innovation technologique. Loin de se contenter du succès de son propre label, le quatuor prête sa vision avant-gardiste aux éditeurs Moooi, Moroso ou Established and Sons et associe son nom à des marques prestigieuses telles Issey Miyake et Veuve Clicquot. Histoire d’une alchimie parfaite entre talent et expérimentation.
Sofia Lagerkvist, Charlotte von der Lanchen, Anna Lindgren et Katja Sävström suivent les mêmes études de design industriel à Stockholm. Leur rencontre est explosive. Elles deviennent presque instantanément amies et forment en 2003 un groupe de discussion du soir : «Nous n’avions,jamais l’occasion de travailler ensemble sur des projets pendant les cours et pourtant nous aimions ce que les unes et les autres faisaient» se souvient Sofia. « Nous voulions exister hors du cadre académique ». Leur «Cercle des Designers Disparus», le collectif Front Design, était né. À peine un an plus tard, elles acquièrent une reconnaissance internationale au salon de Milan. Et pour cause ! Bien déterminées à ne rien faire comme tout le monde, elles présentent l'une de leurs premières œuvres collectives, Design by Animals, une série d'objets dont la forme et la texture sont déterminées par le comportement de souris, serpents et autres lapins dans leur atelier. Depuis, les quatre Suédoises ne cessent de faire parler d’elles. Est-ce la preuve que quatre têtes valent mieux qu’une? Anna n'en doute pas une seule seconde: «Aucune d’entre nous n’aurait pu réaliser seule ce que nous produisons ensemble * ». Et Sofia d’ajouter « Le travail à quatre est bien trop intéressant et ludique pour s’imaginer en solo ".
Qu'importe l’esthétique......pourvu qu’elles aient l'ivresse. Car nos drôles de dames sont moins intéressées par l’aspect final des objets que par leur processus de fabrication. Elles sont constamment à l’affût de technologies novatrices pouvant s’appliquer au design. « Chacune des pièces que nous avons créées a requis un certain degré d’expérimentation et les méthodes de production que nous utilisons laissent inten tionnellement beaucoup de place à l’imprévu. Nous nous servons de la technologie à des fins artistiques ». D’ailleurs, certains procédés utilisés renvoient plus au tournage d’un film hollywoodien qu’au travail dans un atelier à Stockholm. Elles ont recours à la dynamite pour réaliser des moules, à de l’encre high-tech, sensible aux UV, pour élaborer des motifs de papiers peints n’apparaissant qu’à la lumière naturelle... Elles dotent même une lampe de capteurs de mouvements pour qu'elle se redresse lorsque quelqu'un est dans la pièce. Leurs expériences atteignent leur apogée - sans aucun doute temporaire- avec la conception d'une collection de meubles, Sketch Furniture, pour laquelle elles associent deux technologies numériques (voir p.31) : la capture de mouvements, caractéristique des films d'animation et jeux vidéo, et le prototypage rapide, couramment utilisé dans le développement de produits industriels. Le résultat ? Du jamais vu. Avec une pointe laser, elles dessinent dans l'air des meubles qui prennent forme en temps réel dans un bain de poudre plastique placé à quelques mètres.
Créations sur mesure. Ne croyez pas que les expérimentations du quatuor se limitent à sa passion pour les nouvelles technologies. Ce serait une grossière erreur. Elles ont aussi très tôt développé une approche presque anthropologique du design, creusant la question du rapport de chacun à son mobilier : « À l’intérieur des foyers, les objets racontent un passage de notre vie, rappellent des rencontres, des endroits visités** », confient-elles. Dans cette optique, elles ont demandé à des dizaines de personnes de leur prêter un bien personnel tout en décrivant son histoire. S’ensuit la création de répliques sur lesquelles elles impriment les anecdotes racontées. Autre exemple, Marcel Wanders, du label hollandais Moooi, leur a demandé de " créer des meubles que sa grand-mère aimerait ". Ni une, ni deux, le collectif se lance dans la création d'une basse-cour d'un nouveau genre : " C'est de là qu'est née la collection Animal Thing " s'amuse Sofia. Des lampes en forme de cheval et de lapin, une table en forme de cochon, toutes produites en taille réelle... Ces pièces sont désormais les plus connues de Front Design. Et vous, quelle mission confiriez-vous à ces bonnes fées ? /
Texte - Maïté Buns
Photos- DR
* www.kinnarps.com
** www.designfront.se
❥ à découvrir/ www.frontdesign.se
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