Freitag : beau comme un camion
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Le model F13, un sac « messenger » conçu par Markus et Daniel Freitag, trône désormais sur les étagères de la section design du Musée d'art moderne de New-York. Le célèbre MoMA. Cette intronisation remarquée a fait immédiatement passer les sacs Freitag du rang de must-have au statut d'objet culte. Récit d'une aventure commencée au siècle dernier.
La présence des Freitag, ces sacs ultra-résistants coupés dans de vieilles bâches de camion, de chambres à air, ou de ceintures de sécurité, est encore timide dans nos contrées. Et pourtant sur les bords de la Tamise ou dans les aérogares de Schipol (Amsterdam), ils sont légion. Raflant tous les suffrages auprès d'une génération à la fois chic et active, nomade et laborieuse, labellisée « jamais sans mon laptop ». Une génération à l’image de Markus et Daniel Freitag, les deux graphistes suisses qui sont à l'origine de la marque. Passionnés de vélo et amateurs de sacs de coursiers, ces deux frères de quinze mois d’écart, se sont retrouvés bien désemparés, le jour où la pluie leur est tombée dessus. Ils ont alors regagné leur chambre d'étudiant avec vue sur l'autoroute et ont eu l'idée de recycler les bâches des camions qui passaient sous leurs fenêtres. Le premier sac est né sur la table de leur cuisine. « On a commencé en travaillant à l'ancienne, on en a fabriqué une dizaine que l'on a vendue à nos copains » raconte Markus, à la manière d'un Steve Job de la confection. En tout, c’est 700 pièces qu’ils fabriquent artisanalement et diffusent dans un Zurich des années 90 en pleine « movida ».
Il limite à la fois le gaspillage et protège de la pluie.
Du neuf avec du vieux Écolo ?
« On se définit comme des enfants de l’ère du compost, ne pas jeter les déchets dont on peut toujours sortir quelque chose. Voilà le concept qui est à la base de Freitag », poursuit le co-fondateur à la tête de la F-Factory, une usine zurichoise qui fabrique 150 000 unités par an et emploie une grosse soixantaine de gens. Les bâches sont reçues directement des transporteurs puis lavées. Elles sont ensuite coupées à la main puis cousues avant de devenir un sac, un portefeuille ou un étui de téléphone sur l'un des cinq sites d'assemblage. Les sacs sont alors prêts à embarquer. Mais, avant de filer aux quatre coins du monde, chaque Freitag revient à la maison mère pour subir un test et être photographié. Histoire de garder une dernière trace de cet objet complètement unique.
L'affaire est dans le sac
Les amateurs ne s'y sont donc pas trompés, Freitag, c'est le sac du XXIe siècle par excellence, durable, solide et « conscient ». Il permet à la fois de préserver du gaspillage et de la pluie. C'est aussi l'objet qui réconcilie les tribus. « Bobo » et « Bling Bling » pourraient presque voir en lui un dénominateur commun. La preuve ! Adopté en Suisse par les Djs, les artistes ou les architectes, à Milan, il est « recelé » par Corso Como 10, une boutique de luxe, et s'expose au milieu de coûteuses créations de haute couture. Copié mais jamais égalé, qui n'a pas essayé depuis de fabriquer une besace avec un sac de riz ou une bâche publicitaire ? Une chaîne de supermarché suisse a même proposé à la vente des Donnerstag (des « Jeudi »). Mais, loin de toute cette agitation Markus et Daniel continuent de faire ce qu'ils veulent, et avec goût, pour que Freitag, qui signifie littéralement vendredi en allemand, reste une marque éminemment créative. / texte ¬ Léa Daniel - photos ¬ Freitag
❥ à découvrir : pour acheter son Freitag ou le designer soi-même, www.freitag.ch

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