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Géraldine de Margerie; Danse Avec les Looks

Le Dictionnaire Du Look répertorie, avec ironie, les allures d’aujourd’hui, de la caillera au bobo, du teufeur au punk à chien, de l’emokid au bcbg. Un ouvrage qui a divisé la rédaction. « On nous le présente comme de la Pop sociologie ? Et puis quoi encore ? Pourquoi pas de la physique quantique à la coule tant qu’on y est !? » s’offusquaient certains. On a donc pris le parti d’en rire, prenant l’ouvrage pour ce qu’il est : une chouette lecture de plage en plein hiver, un livre léger et mordant écrit par des gens sérieux mais plein d’humour. Puis, on a contacté Géraldine de Margerie. Charmante, sympathique, parfois imprécise, mais enthousiaste. Capable aussi de saillies ultra-parisianistes qui pousseraient l’ironie au stade terminal, si elles n’étaient tristement sérieuses. Converser avec elle, c’est un peu comme s’habiller le matin : il faut trier.

Comment avez-vous eu l’idée d’un tel livre ?
Ayant été mannequin pour des marques comme APC ou Vanessa Bruno, je connaissais l’envers du décor. Et puis, j’ai toujours aimé cataloguer les jeunes, les styles, et je me suis rendu compte qu’il manquait un outil pour comprendre d’où venaient ces différents looks, du port du baggy aux chaussures délacées. Dans les années 1980, Hector Obalk, Alexandre Pasche et Alain Soral avaient signé Les mouvements de mode expliqués aux parents. C’est une véritable bible, beaucoup plus sociologique et universitaire (ndlr : n’exagérons pas !), d’ailleurs. Avec Olivier Marty, on voulait la réactualiser. Et créer un herbier du look qui recenserait tous les socio-types, mais de façon détachée et drôle, beaucoup plus ludique.

Cet humour, était-ce une façon de vous protéger de vos éventuels détracteurs ?
Derrière, il y a quelque chose de sérieux. Cela dit, je voulais que ce soit un peu taquin, car cette recherche du look par les jeunes est touchante. C’est important pour eux et ça l’est aussi pour moi. Cela m’a replongée dans mon adolescence, où il fallait, chaque jour, choisir ses vêtements pour montrer qui l’on est, s’inventer et exister par ses habits.

Vous étiez-vous fixé un quota de profils pour votre livre ?
Au début, j’avais relevé plus d’une centaine de socio-types. J’en ai conservé une cinquantaine, et exclu certains, assez isolés et très urbains. Il y avait de nombreux profils gays, comme la « Coiffeuse », par exemple, qui est le prototype de l’homosexuel de province, avec des mèches, un peu ringardos (rires). Il y avait également « l’hétéronormé », soit un gay qui s’habille comme un hétéro.

Comment avez-vous enquêté ?
Je suis allée sur le terrain. Je connaissais certains socio-types gays ou bobos dans mon entourage. Mais je suis allée à la rencontre des skateurs, des babyrockeurs ou des emo. C’était très important de passer quelques après-midi avec eux, d’entendre leur façon de s’exprimer. D’ailleurs, d’une tribu à l’autre, un mot ne veut pas dire la même chose – le squat du baby rocker n’a rien à voir avec celui du punk à chien, par exemple. Pour les emos, je les ai découverts à Bastille, puisqu’ils y passent leurs journées assis sur les marches. Ils étaient heureux de pouvoir rétablir la vérité sur quelques clichés : ils véhiculent une image morbide alors que ce sont des gamins épanouis !

Des clichés que vous entretenez vous-mêmes, en transcrivant leurs citations en langage sms…
Oui, mais ils ont tous des blogs, et écrivent tous comme ça. C’est la génération « Kikoolol », ils ne sont pas illettrés, mais écrivent n’importe comment !

Y a t-il eu des tribus plus difficiles à joindre ?
Le punk à chien n’est pas facile d’approche, mais un ami bosse dans le milieu associatif, et j’ai pu en rencontrer certains. Bon, j’avoue que pour les cailleras, en tant que fille, on n’a pas hyper envie d’aller traîner en cité. Et c’est par le biais de Mohamed, qui pose dans la catégorie rappeur bling bling, que j’ai pu faire connaissance avec des amis à lui. Et c’était super, car la caillera qui pose dans le livre est très drôle, avec beaucoup de recul sur sa culture, adorable, gentil et bien élevé (ndlr. Eh oui, la civilisation ne s’arrête pas aux portes du périph’). Ce sont les deux seuls socio-types que j’ai eu du mal à appréhender.

Quel socio-type ne pouvez-vous pas supporter ?
Les “sunset beach”. Voir quelqu’un avec une Rolex et des lunettes Dolce&Gabbana, ça m’effraie un peu. C’est très drôle de voir des gens se dire branchés, alors qu’ils ont tout faux.

Justement, le no-look n’est-il pas traité avec un peu de mépris ?
Pas du tout, c’est de la taquinerie. J’adore le “no-look” aussi. La majorité des gens sur Terre est « no-look » et on l’est tous à nos heures. Le « no-look » est plus libre, et ne mise pas sur l’apparence pour exister. On peut évidemment penser, au premier abord, qu’il est sans saveur et sans conversation. Mais chaque personne est merveilleuse (sourire ironique) !

Quelles sont vos prévisions pour les six mois ou l’année à venir ?
Le filon baby rocker est épuisé, laissant place à d’autres branches du rock. Tout ce qui est redskin, ska ou rockabilly va continuer à cartonner. Les redskins et rockab’ d’aujourd’hui ont quarante-cinq ans, mais on voit de plus en plus de mômes de dix-sept ans en Fred Perry et consorts. Je ne parle bien sûr que de modes populaires, sous les projecteurs. Le « looké-décalé » va perdurer, ainsi que « l’ultra classique », ce que les magazines féminins appellent le tradi-branché. Je déteste cette appellation, c’est un mélange entre un look sophistiqué moderne et un classicisme BCBG – comme dans les films de Claude Sautet, en somme !

En conclusion, quelle est la différence entre la mode et le look ?
Le look est une réappropriation subjective de la mode ou comment un individu écrit sa propre mode en s'inspirant ou non des tendances du moment. Il a davantage à voir avec une personnalité, un style qu'avec un phénomène de société. La mode est une tendance universelle vestimentaire, matérielle, intellectuelle, à une époque donnée à laquelle on choisit ou non de se plier.


Propos recueillis par Thibaut Allemand

 

A lire: Dictionnaire du look, Géraldine de Margerie (texte) et Olivier Marty (photos), Ed. Robert Laffont

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