Brigitte Fontaine, entre guillemets
Musique > Interview | Mots clés : musique, poésie, concert
« Je suis vieille et je vous encule »... Chante-t-elle, le poing levé. Brigitte Fontaine a toujours eu le sens de la formule. Poétesse mais pas vulgaire, celle qui n’aime pas se souvenir s’ancre plus que jamais dans son temps, pour y dénoncer une société jeuniste et pétrie d’interdits. Papesse de l’underground français, elle sort de temps en temps sa tête de zazou hors de l’eau, pour une collaboration, un disque ou un livre. Cette fois-ci, Brigitte Fontaine fait les trois à la fois ! Elle signe quelques très beaux textes sur le dernier album de Mathieu Chédid, elle offre Prohibition aux charts français et se paie le luxe de publier un livre inclassable. Libre et décalée. Extraits d’une interview funambulesque.
Il paraît que vous n’aimez pas que l’on vous demande comment ça va ?
Si, si. Ça va très bien.
Vous allez reprendre les tournées très bientôt, Le Palace à Paris, Toulouse, Foix, etc... Êtes-vous contente de retrouver votre public ?
Oui très contente, mais je hais les transports et je hais les tournées. J’aimerais rester au même endroit pour chanter.
Avez-vous changé d’audience ?
Non, ça fait longtemps que je l’ai ce public. Il est très sympathique.
Il y a une forme de complicité qui s’est installée avec le temps ?
Non, je préfère parler de connivence. La complicité implique des méfaits que nous ne commettons pas.
Avez-vous préparé vos spectacles ?
Non pas du tout, ça se fait comme ça. Ce n’est pas de l’improvisation ! J’ai des musiciens, je ne peux pas improviser. Je ne sais pas comment ça marche, comment nous communiquons ensemble. C’est un miracle.
Vous êtes très instinctive, vous déclarez écrire vos chansons en 1 heure et demie...
J’écris très rapidement, de manière intuitive. J’écris n’importe où et n’importe comment. Je n’ai pas de petits carnets, mais de grands cahiers pour cela. Et j’ai un livre qui sort le 10 février et qui s’appelle le Bon peuple du sang chez Flammarion. Ce n’est pas un roman, ni une nouvelle. Beckett aurait dit que ce sont des « fragments ».
Est-ce que votre mode opératoire, votre manière d’écrire sont aussi importants que ce que vous écrivez ?
C’est la même chose. Pour moi, une chanson, c’est une heure et demie. Le lendemain, je retouche, et voilà. Quand je commence, je ne sais pas ce que je vais dire. Une phrase me plaît, puis vient le reste.
Pour Prohibition, votre dernier album, vous dites avoir ressorti vos griffes. Qu’est-ce qui vous révolte le plus aujourd’hui ?
Les sans-papiers et ne pas pouvoir fumer, même en prison, même en HP.
Est-ce que vous y croyez encore à cette révolution en latence dans votre album ?
Bien sûr que non, mais le Général de Gaulle - le vieux - avait dit que tout ça finirait dans un bain de sang. Je n’y crois pas mais en tout cas, il y aura sûrement une insurrection bientôt. J’aime bien les paradoxes. On s’entend bien, eux et moi.
Avez-vous l’impression d’être une artiste engagée ?
Je n’ai pas l’impression du tout. Je suis rebelle, révoltée... Engagée ? Je n’en sais rien ! Je ne me suis jamais mise en carte et ce n’est pas maintenant que je vais commencer.
Vous n’aimez pas que l’on vous mette en boîte ?
Non, comme ça, je ne suis dans aucune.
L’écriture est le fil d’Ariane de votre vie, est-ce que vous vous rappelez de la première fois que vous avez écrit ?
J’avais sept ans et j’ai fait une espèce de BD avec beaucoup de texte. Je ne dessine pas parce c’est moche comme tout, mais je mets des photos. L’écriture est un besoin essentiel.
Vous semblez toujours faire ce qui vous plaît, vous faîtes preuve de beaucoup d’assurance, avez-vous peur parfois ?
J’ai peur, tout le temps, ça domine ma vie.
Les gens disent que vous êtes une surréaliste...
Ah non sûrement pas ! J’ai horreur des surréalistes. Ce sont des vieux cons.
Vous êtes une chantre de la poésie, où se trouve-t-elle pour vous ?
Partout.
Est-ce que vous travaillez pour vivre ?
Oui, mais je vis mal parce que je ne vends pas de disques, parce que les artistes n’ont aucune place dans ce métier. Les artistes, je veux dire les vrais, comme je me permets de me nommer moi-même. Je ne vends pas, c’est tout. En un mot, je ne passe pas à la radio.
Quand vous passez à la télé, c’est rare mais toujours décalé. Finalement, vous jouez un peu le jeu en répondant à ce que l’on attend de vous ?
Maintenant je suis très sérieuse à la télé. Avant je déconnais complètement parce que je voulais m’amuser. J’ai arrêté, ça fait déjà quatre ans.
Avez-vous gardé un souvenir particulier de ces moments de télé ?
Une émission de Guillaume Durand, très bien.
L’amour, c’est du pipeau ?
J’aime les mots, c’est un amour charnel. Je ne pense pas faire de jeu de mot, mais je m’amuse avec les mots. Je vous remercie, au revoir, je vous embrasse.
Propos recueillis par Léa Daniel.
Brigite Fontaine et Nicolas Jules dans le cadre du festival Détours de chant ! Le 4.02, 20 h 30, Bikini, 25 € / 26 €, 05 62 24 09 50, www.lebikini.com
Date à venir
04 février 10 | ||
| Détours de Chant : Brigitte Fontaine + Nicolas Jules |
2010-02-04T20:30:00+01:00
2010-02-05T00:00:00+01:00
26€-25€ 20:30 |
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