Village Underground
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Le village des poètes urbains
À l’Est de Londres, en plein coeur de Shoreditch, quartier arty-décalé, se dressent sur les toits, quatre wagons de métro. Sur Great Eastern St, si on tourne à l’anglede la boutique psychédélique The Child, on passe alors par une grille verte et des escaliers en colimaçon nous plongent directement dans un microcosme d’artistes, une bulle suspendue au-dessus du brouhaha, à l’abri de l’effervescence de la City.
Village Underground repose sur une idée simple : récupérer des wagons de rames de métro obsolètes et les transformer en espace de travail réservé à de jeunes artistes. Son directeur, Tom Foxcroft a envisagé ce concept inédit en 2004, alors qu’il était designer de meubles et recherchait désespérément un endroit où travailler.
Atterrissage difficile
Pendant des années Tom arpente la ville à vélo, à pied, pour dénicher sa perle rare : un espace pour recevoir son projet. À Londres, le moindre mètre carré vacant est pris d’assaut, il s’est donc empressé d’acquérir le toit d’un entrepôt appartenant à la ville. Grâce à un emprunt et à des aides accordées aux sociétés éco-citoyennes, il obtient le site en 2005. Ce n’est qu’en avril 2007, après maintes péripéties, que le village ouvre ses portes au prix « [d’une] opération [qui] fut cauchemardesque », se souvient Tom. C’est Tube Lines, l’une des cinq compagnies gérantes des transports londoniens qui, pour se débarrasser d’une rame coincée sur une voie, la cède à Tom. Ainsi, ce dernier fait l’acquisition d’un wagon puis de deux containers. La fameuse première rame a mis plus d’un an avant d’atterrir sur les toits de Shoreditch…
Un village pionnier
« On a été chanceux d’être situés au dessus de cet entrepôt », note Tom qui convoitait ce toit pour y mettre ses rames et ses containers mais n’avait pas spécialement prévu d’en faire l’acquisition. Une demande à la Mairie plus tard, l’endroit est rapidement investi et reconverti en espace pour les expos, représentations théâtrales, concerts et autres manifestations artistiques.
Les artistes villageois, une vingtaine d’irréductibles créateurs et passionnés d’art : des architectes, des stylistes, graffitistes, photographes, écrivains ou des scénaristes, font vivre leur travail dans ce hall aux volumes attrayants.Défilés, performances, concerts, représentations théâtrales… sont autant d’occasion de montrer leurs créations aux publics. Pour les bureaux posés sur les toits, chacun dispose d’un trousseau de clés qui permet l’accès au site fermé au public. Il n’y a pas d’heure d’ouverture ni de fermeture. « On peut rester jusqu’à deux heures du matin », nous explique Jim. Liberté d’entreprendre et d’organisation.
Un vrai réseau d’échange entre jeunes artistes, voilà l’ambition
Tous les wagons disposent d’électricité, d’un accès Internet haut débit et de trois bureaux. Des chauffages d’appoint sont mis à disposition. À l’intérieur, fauteuils vintages et autres matériaux de récupération comme le bois, qui recouvre le sol, réchauffent une atmosphère déjà bien amicale. La lumière est abondante, il n’y a pas de vis-à-vis, cela tranche avec la grisaille habituelle. Pour devenir locataire, les pré-requis sont : une envie d’échanger, de créer... « Tout est une question de feeling » conclut Tom, qui incarne à merveille ce principe d’éco-citoyenneté.
Art écolo urbain
Village Underground cultive une dimension humaine qui suppose une architecture et un design écologique exigeants. On y rencontre des jeunes gens en période de formation ou impliqués dans des projets artistiques. Seulement 30 livres par semaine (environ 45 euros) une aubaine ! Car en moyenne les prix en plein coeur de Londres varient autour de 200 livres (230 euros). Ayant parcouru le monde, Tom a apprécié les différents usages détournés de wagons ou de containers, d’abord employés pour leur empilement facile et leur manoeuvre aisée. Rénovés, ils deviennent des Bed&Breakfast, restaurants, cafés, ou, comme au Vénezuela, des studios d’enregistrement au succès retentissant. Ici, c’est l’art qui prime, pas de « rat race », la course à l’argent perpétuelle. On se rebelle pacifiquement avec son pinceau, ses mains et ses idées. C’est le premier site de ce genre au monde. Et peut-être pas le dernier… Depuis le début, Tom souhaite créer un réseau qui lierait toutes les grandes villes européennes, pour favoriser les déplacements et une émulation créative. Berlin is next ! Un vrai réseau d’échange entre jeunes artistes, voilà l’ambition. Let the sunshine in ! / texte : Lucie Duban ¬ photos : Grégoire Bernardi
❥ à visiter : www.villageunderground.co.uk
❥ et puis : Tom Foxcroft, 54 Holywell Lane, Shoreditch, London EC2A 3PQ

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