Visit Blackpool
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B comme Blackpool. Comme Beaufs, Biture et Baise. Comme mauvaise Bière et mauvaise Bouffe. Comme les Bed & Breakfast des Bas-fonds (quoique tout soit au même niveau à Blackpool), et leurs Back alleys. Ces Bouis-Bouis où l'on Boit, on Baise, on Beugle, on se Bat. Et où on finit mal. Blackpool pourrait être une ville de bains, mais personne ne s'y baigne. La plage, on y atterrit quand on est bourrés et qu'on décide de barboter en plein hiver. Et encore une fois, on finit mal. Vous l’aurez tout de suite compris, je n'aime pas Blackpool. C'est le travail qui m'y a amenée deux fois en l'espace de quelques mois. Et la deuxième fois, pour couronner le tout, avec un malade-mental-de-la-télé-qui-voulait-faire-du-trash. Alors B comme « Bordel ! Qu'est-ce que je fous dans ce bled ? »
L comme Leurre. Blackpool essaye désespérément de changer son image pour devenir une station balnéaire glamour. « Visit Blackpool », le syndicat d'initiative local, outrancièrement sponsorisé par les autorités locales (à en juger par ses locaux et ses moyens), a récemment fait appel à des Public Relations aux dents longues, pour réaliser un guet-apens vidéo de 2 minutes : l'histoire d'une petite étudiante française - dont le français dans le film prouve qu'elle ne l'est pas - qui ne veut plus quitter Blackpool. Son boyfriend, un autochtone qui a succombé à ses charmes, veut tenter sa chance à Londres. Elle le supplie de rester. Elle l'aime, mais plus encore, elle aime Blackpool. Et le boyfriend capitule. Les amoureux s'embrassent, happy Blackpool end. Ce spot, lancé sur Youtube a fait la Une du sacro saint JT de 22h sur la BBC. Mais qui est dupe ? Le film, quel qu'en soit le degré - si tant est qu'il y ait des degrés -, n'est même pas drôle. Il est pathétique.

A comme Alcool. Comme partout en Angleterre, vous me direz. Mais Blackpool c'est quand même LA capitale britannique des enterrements de vie de garçons et de jeunes filles. On y vient des quatre coins du pays pour faire la fête, se déchirer et finir dans un Bed & Breakfast humide à 10 euros la nuit. Ou derrière une poubelle, dans une Back Alley. La station balnéaire a perdu son aura avec l'apparition des vols charters. Alors, la ville a misé sur le binge drinking, la fête, l'entertainment cheap. Et, ma foi, le prix des pintes (deux fois moins chères qu'à Londres) est une arme plutôt efficace. Les ouvertures de pubs sont encore plus tristes que les fermetures. Ce sont les personnes âgées qui viennent boire des pintes dès 11h du matin, lentement mais sûrement. Et aussi elles qui nettoient les pubs à 6 heures du matin contre quelques billets ou quelques verres. « Du système D », comme dirait Jim, un attachant septuagénaire qui n'a pas hésité à abandonner la lecture du Daily Mail pour m'aborder: « It's lovely here, isn't it ? ».

C comme Classe. Classe comme Classe sociale. Des ouvriers. D'abord ceux des grandes villes voisines, Liverpool ou Manchester, qui venaient passer leurs vacances annuelles à Blackpool. Au début du siècle, au premier rayon de soleil, la plage de Blackpool était noire de monde. Aujourd'hui, Blackpool, c'est une ville damier, une succession de rues parallèles et perpendiculaires, sans cercles et sans tangentes. Une ville de pauvres, pour les pauvres. C'est ainsi qu'elle a été conçue, du temps de la reineVictoria. Et comme l'Angleterre n'a jamais connu de grande révolution, les classes sociales restent à leur place.
Blackpool est une sorte de Las Vegas balayée par les embruns de la mer d'Irlande, un paradis pour Martin Parr.
K comme Karaoké et Kermesse. Sur des kilomètres. À vous mettre K.O. Pleasure Beach est un parc d'attractions bâti au début du siècle sur le sable, d'où son nom. Il y a les grands huit, dont le plus haut d'Europe. Et puis cette année, il y a une nouvelle fontaine, dont les jets d'eau jaillissent du sol au son des musiques niaises qui passent. Kitsch. Les gamins courent d'un bout à l'autre, trempés. C'est drôle. Et des attractions, il y en a des centaines d'autres : le bingo, le magnifique ballroom, le cirque, les voyantes, les comédies musicales, les cabarets de drag queens, les shows de sosies d'Elvis. Il faut bien l'avouer, Blackpool est aussi une ville de couleurs et de néons, une sorte de Las Vegas balayée par les embruns et le vent de la mer d'Irlande, un paradis pour Martin Parr.
P comme les Pet Shop Boys. Mickael Jackson est mort mais Blackpool est sans doute la seule ville du Royaume-Uni où l’on n'entend pas Billie Jean dans les rues commerçantes mais les Pet Shop Boys. Et oui... Chris Lowe, le chanteur du duo de garçons de magasins d'animaux domestiques, est de Blackpool.

O comme Oubli. Une station balnéaire Oubliée, « qu'ils ont oublié de bombarder »,comme chanterait Morrissey, né pas loin d'ici... Les vacances à Blackpool, il n'a pas dû y échapper.
O comme Obstination. Car malgré tout, Blackpool compte des opérations réussies pour valoriser son patrimoine. Comme le « Showzam », un nouveau festival qui retrace l'histoire de l' « entertainment » par des reconstitutions d'attractions foraines du début du siècle. Le temps de quelques heures, c'est dans le chef d'oeuvre de Ted Browning, Freaks, que vous êtes parachutés.
L comme Lumières. De septembre à novembre, la ville s'éclaire toutes les nuits. Mais cette fois, c'est rigolo et le fameux office « Visit Blackpool » n'y est pour rien. Cela dure depuis un siècle : des milliers de lampions inondent la ville. Une raison pour moi de revenir un jour à Blackpool. Jamais deux sans trois… J’en profiterais pour saluer Paula, la tenancière du B & B, fan d'Elvis, qui me manque. Avec sa maison remplie d'objets, de posters à l’effigie du King. Et s'il y a, à Blackpool, autant de Paula et de Jim qu'il y a de B&B, la ville est sauvée par son humanité. /
texte et photos ¬ Elisabeth Blanchet

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