Biennale Internationale de la Photographie: Contrôle Qualité
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Prestigieux festival consacré aux arts visuels, la Biennale Internationale de la Photographie affirme une nouvelle fois la position nodale de Liège sur la scène culturelle belge. Pendant près de deux mois, la première ville touristique de Wallonie vit au rythme d'une thématique sociale, que déclinent musées et galeries, évènements et soirées. Cette année, les notions de contrôle et de perte de contrôle servent de fertile dénominateur commun, mobilisant une centaine de photographes aguerris ou émergents. Pour cette 7e édition plus ouverte que jamais sur les nouveaux médias, la biennale affiche des chiffres impressionnants, élargissant son Off à une trentaine de lieux, opérant des incursions dans 5 institutions culturelles de la région Meuse- Rhin. Pour vous, Let'smotiv a sélectionné le meilleur de ce cru 2010 et analysé les 6 expositions du parcours officiel.
>> Rencontre avec Anne Françoise Lesuisse, directrice artistique de la Biennale
Pouvez-vous nous rappeler les ambitions de la biennale?
La biennale cherche à établir un dialogue entre la création contemporaine et une question de société. Après la notion de « territoires » en 2008, nous avons retenu cette année le thème « (Out) of control ». Autour de ce fil rouge, nous bâtissons une programmation de la meilleure qualité possible, qui mêle photographes renommés et jeunes talents de la communauté française découverts pendant nos prospections.
Pourquoi avoir retenu cette thématique?
Les tensions qui existent entre velléités de contrôle et perte d'emprise sur les choses sont tout à fait d'actualité. Discours sécuritaires, dispositifs de surveillance, injonctions hygiénistes, banques de données... Tous ces phénomènes transforment et questionnent le rapport à l'image, aux images. Pour autant, nous n'avons pas du tout voulu aborder cela de manière illustrative.
C'est-à-dire?
Nous avons voulu éluder ce qui était attendu, à savoir une lecture politique ou éthique de cette problématique. Au contraire, nous nous sommes engagés sur des terrains inhabituels. En optant, par exemple, pour une lecture littérale du thème, comme dans l'exposition « l'équilibre et l'accident » (cf p. XX) qui s'intéresse à la chute et au déséquilibre. À travers cette interprétation au 1er degré, l'on touche à une multitude d'enjeux que l'on ne soupçonnait pas, comme la question de l'enfance (Anthony Goicolea) ou de la performance (Messieurs Delmotte).
Comment avez-vous choisi les artistes ?
On voulait à tout prix éviter l'impression de donner un message. Pour écarter toute forme de pédagogie ou de caricature, nous avons opté pour des œuvres qui présentent une ambivalence ou plusieurs niveaux de lecture. Comme ces bodybuildeuses photographiées par Martin Schoeller (au MAMAC cf p.XX). Elles incarnent la maîtrise extrême du muscle, bien sûr, mais aussi une forme de monstruosité. Quelle emprise ont-elles finalement sur cette seconde image ?
OUT OF CONTROL – BERLIN – GRAND CURTIUS
Pour accueillir la création visuelle allemande, pays invité de cette nouvelle édition, l'équipe de la biennale n'a pas lésiné. Elle a ouvert les portes de l'impressionnant Grand Curtius à deux des plus prestigieux commissaires berlinois : Matthias Harder et Felix Hoffmann. Ensemble, ils ont réuni une dizaine de jeunes pousses prometteuses, dont les travaux attestent d'une véritable réflexion sur la nature et le statut de l'image. À l'instar de Viktoria Binschtock, qui photographie, recadre et agrandit des images de presse pour révéler les personnages cantonnés à l'arrière plan. Faux cliché de presse mais vraie mise en abîme : cet effet de recyclage et d'hybridation, symptomatique de la nouvelle génération, s'observe chez d'autres artistes de la biennale. Dans un tout autre registre, Thomas Brinkmann (cf p. XX) revisite les codes de la peinture florentine dans une série d'autoportraits particulièrement comiques.
THEATRE DE L'AUTORITÉ – HANGAR B9
Cette exposition est la seule du programme à s'intéresser aux dispositifs politiques et militaires de contrôle. Avec sa série de portraits analysant la manière dont les autorités se mettent en scène, Nicolas Clément traite le sujet de façon très explicite. Le célèbre Trévor Paglen ou la jeune Katja Stucke préfèrent les voies détournées, mobilisant les outils de l'imagerie scientifique (téléobjectifs spatiaux) et stratégique (video-surveillance) à des fins artistiques.
LES INDOMPTÉS – MAMAC ET CABINET DES ESTAMPES
Entre le portraitiste Martin Schoeller, le plasticien Michel François, le photo-reporter Olivier Culmann ou l'auguste Ed Templeton, le MAMAC affiche un impressionnant palmarès. Il faut dire que la question de la conformité, variante plus intimiste et psychologique de la trame de la biennale (le contrôle de son image), relève presque du « passage obligé ». Malgré ce motif rebattu, l'exposition ménage de belles surprises. Comme l'installation vidéo de Chantal Maes, qui nous rend témoins des difficultés d'élocution d'un bègue. Avec le plus grand sérieux, le protagoniste s'attelle à la lecture d’un texte. Filmés d'un point de vue subjectif, ses arrêts et balbutiements perdent tout ridicule. Intelligemment, la vidéaste court-circuite les réflexes qui guident habituellement notre regard sur le handicap.
L'ÉQUILIBRE ET L'ACCIDENT – SALLE ST GEORGE, MUSEE WALLON
Les uns testent eux-mêmes leurs limites physiques, comme Messieurs Delmotte ou Bas Jan Ader. D'autres préfèrent observer les autres malmener leurs corps, comme Achim Lippoth et ses gymnases chinois ou Anthony Goicolea et ses jeux d'enfants dans les escaliers. D'autres enfin, à l'instar du couple Blume, dissèquent la question du mouvement dans la photo.
ULTRA RÉEL – CENTRE CULTUREL LES CHIROUX
La frontière entre réel et fictif a considérablement été mise à mal par l'arrivée des nouvelles technologies. Images virtuelles de plus en plus vraisemblables, mondes artificiels (comme le jeu secret life sur Internet) devenus phénomènes de société... Jeroen Hollander, Alexandra Verhaest ou Koen Wastijn s'inspirent de ces paradoxes pour brouiller eux-mêmes les pistes.
OUT OF TIME – LES BRASSEURS
« Décortiqué par les philosophes, sublimé par les poètes, transformé par les plasticiens, épousé par les vidéastes ou saisi par les photographes, le temps est un sujet inépuisable » pointent avec justesse Dominique Mathieu et Emmanuel d'Autreppe, les co-commissaires de (Out of) Time. Intarissable, ce motif autorise une multiplicité d'approches, comme en témoignent les réalisations de trois jeunes Belges : Laura Baudoux, François Goffin et Anne De Gelas. La première capte l'irréversible cours des choses dans le regard perdu de malades d'Alzheimer, tandis que le second immortalise les situations impromptues qui émaillent son quotidien. La dernière nous soumet enfin un carnet de notes et de croquis, réceptacle de son histoire familiale et de ses impressions passées. Ces œuvres instaurent un passionnant dialogue avec les séries de Pol Piérart et Nicolas Kozatis, les vidéos de Castronovo, Secondini et de Pierrick Sorin.
INFORMATIONS PRATIQUES
7e BIENNALE INTERNATIONALE DE LA PHOTOGRAPHIE ET DES ARTS VISUELS DE LIEGE
jusqu'au 25.04, mar> dim (sf Grand Curtius, tlj sf mar), 13h>18h, 10, 8/5,5€, pass 18/15€,
OFF (Sélection)
>Photos, carnets de voyages et objets. Récit d'un voyage initiatique dans les pays de l'Est par Philippe Herbet, à L'Émulation.
>Chantre de la Movida espagnole, le grand Aberto Garcia Alix s'affiche sur les cimaises de l'Espace Uhoda.
>Le prometteur collectif bruxellois CARAVANE propose six de ses séries documentaires et sociales à la XYZ Academy
BIP IS WATCHING YOU
6 expériences participatives disséminées dans toutes la ville, comme le studio improvisé Chez Jacky, qui permet de s'immortaliser affublé de tout un panel d'accessoires et de déguisements, le Fotomaton en libre-service du collectif OST ou le dispositif Territory Bike, qui invite chacun à filmer Liège lors balades à vélo.
À voir aussi :
installation The Chase du collectif suisse Fact, face au théâtre de la Place
Exposition Design By Performance, Hasselt, Z33
texte : Judith Oliver
photos: Thorsten Brinkmann, Lady Glittersky,
2009© KUNSTAGENTEN, Berlin
& B. Bourdet

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