Meg Stuart en famille
Théâtre/Spectacle > Interview | Mots clés : danse contemporaine
Sans doute, « ça » ne ressemble pas à l’idée que vous vous faites de la danse. Mais pour Meg Stuart, la chorégraphe américaine installée à Bruxelles, la danse va bien au-delà des codes. En résidence pour trois semaines au Théâtre Garonne avec sa compagnie Damaged Goods, elle crée Do Animals Cry, une pièce qui veut encore une fois secouer nos sens endormis.
Do Animals Cry se situe dans l’antre familial. Aviez-vous déjà exploré ce sujet ?
Non, bien que je m’intéresse aux relations intimes et complexes qui relient les êtres ; aux tensions qui naissent entre désirs/pensées et actes ; à la permanence ou non de la mémoire. La famille est certainement un microcosme privilégié à cet égard, ce qui place cet opus dans la continuité de mon travail.
Est-ce une vision cruelle de la famille ?
Pas vraiment. Certes, on peut voir la famille comme source de problèmes et de drames, comme un royaume de l’hypocrisie. Mais elle est aussi le lieu du réconfort. Nous avons surtout voulu montrer comment nous reproduisons les modèles de nos aînés, que nous le voulions ou non. Comment, chaque jour, nous nous retrouvons dans des situations qui exigent que nous jouions un rôle.
Contrairement à votre habitude, vous n’avez pas collaboré pour cette pièce avec des artistes venant d’autres disciplines : vidéastes, scénographes, plasticiens. Pourquoi ?
Je n’en ai pas éprouvé le besoin, même si quelques fidèles sont là [le dramaturge Bart Van den Eynde, le compositeur Hahn Rowe...]. Je crois que la matière fournie lors des improvisations avec les danseurs a été particulièrement riche. Vous savez, les danseurs ne sont pas des marionnettes, ils ont une histoire, une famille, des expériences qui deviennent sources d’inspiration.
Pourquoi aller chercher du côté d’autres arts ? La danse ne se suffit-elle pas comme moyen d’expression ?
C’est parce que la danse dépasse la vision qu’en ont la plupart des gens que j’éprouve le besoin de « déborder » le cadre convenu de cet art. Je veux démontrer que le corps possède un langage propre, qui s’exprime dans les gestes les plus infimes et quotidiens. Il est capable de révéler ce qui est difficile à énoncer. Il est là où le langage échoue. Des corps peuvent engager des conversations agréables, ou pleines de tension ! Je veux aussi montrer comment il est possible qu’un corps se transforme. Ainsi dans Do Animals Cry, les rôles sont interchangeables, on peut jouer à être un autre, à remonter dans le temps. Le corps n’est pas un objet fixe et muet. Il vit, il dit !
/ Propos recueillis par Valérie Lassus
photos ¬ Tina Ruisinger, David Bergé
❥ Do Animals Cry
Du 22 au 26.04, à partir de 17h, Théâtre Garonne, Toulouse, de 11 à 20 €, 05 62 48 54 77,
www.theatregaronne.com / www.damagedgoods.be

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