Emma Dante: Le sang, la sueur et les larmes
Théâtre/Spectacle > Interview | Mots clés : Emma Dante, théâtre, Italie, ,Le Pulle, Mishelle Di Sant'Oliva, TNT, Sorano
Emma Dante est l’une des plus importantes figures du théâtre contemporain italien. Artiste sicilienne atypique, elle puise son inspiration dans les bas-fonds et les ruelles de Palerme, sa ville natale. S’attachant ainsi à éclairer un univers marginal où le beau et le laid, la sensibilité et la brutalité, le plaisir et la violence s’entremêlent.
Palerme semble être une source d’inspiration très importante pour vous. Qu’est-ce qui vous ramène sans cesse à votre ville natale ?
Palerme écrit pour moi, Palerme est la scène où se jouent mes histoires. C’est une ville extrême, grotesque et très stimulante, à divers points de vue : de la littérature à la lumière, des habits jusqu’à la gestuelle particulière qu’ont les gens quand ils communiquent entre eux.
Pour vos personnages, le sexe représente-t-il une forme de libération ou plutôt d’aliénation ?
Pour mes personnages, le sexe est presque toujours un tabou. Un objectif important, dans chacun de mes spectacles, c’est de faire voler en éclats le carcan que peuvent imposer les bienpensants et l’Église, qui jugent le sexe comme une maladie et non comme un plaisir naturel et libre pour chaque être humain.
Le Pulle traite de la prostitution, de l’inceste, de l’enfance violée... Sa forme « opérette » évoque pourtant la légèreté et la frivolité... Cherchez-vous ainsi à dédramatiser des sujets tabous ?
Oui, le genre léger, comme l’avanspettacolo (ndlr, sorte de cabaret italien), ou l’opérette, permet de ne pas tout prendre trop au sérieux, de raconter l’histoire désespérée d’un homme qui a perdu quelque chose d’important, mais qui garde sa dignité grâce à son autodérision et
son humour. Un jour, j’ai lu cette phrase sur une affiche dans le métro parisien : « Celui qui ne rit jamais n’est pas sérieux ! ». J’y crois beaucoup. Les spectateurs doivent pouvoir comprendre la tragédie, le désespoir d’un de leurs semblables à travers le jeu ou la légèreté parce que tout devient ainsi plus humain, et donc plus vraisemblable.
Parler des pratiques sexuelles dites « marginales », est-ce aussi une façon de poser un regard politique sur la société, comme le faisait Pasolini ?
Bien sûr, mon théâtre parle du monde contemporain et s’y réfère. Il cherche à produire un regard et une réflexion sur la société et sur le monde d’aujourd’hui. Je ne pourrais pas faire un théâtre de divertissement, cela ne m’intéresserait pas. Et puis Pasolini est notre père à tous, il a ouvert une voie importante et fondamentale pour notre culture, pour notre société et pour celle que nous verrons dans le futur. / Diane Launay
LE PULE , du 3 au 5.06, le mer et jeu 19h30, ven 20h30, de 12 à 21 €, TNT, Toulouse, 05 34 45 05 05, www.tnt-cite.com
MISHELLE DI SANT'OLIVA , du 9 au 11.06, à 20h, de 9 à 19 €,Théâtre Sorano, Toulouse, 05 34 31 67 16, www.theatresorano.com

Retrouvez toute l'actualité des festivals avec plus2festival.com
Letsmotiv.com et son partenaire voyagenbus.com vous invitent à parcourir l'Europe en bus : retrouvez ici nos meilleures offres.